CYCLE - Travail, libertés, utopies aujourd’hui​

Cycle de conférences les jeudis 25 mars, 8 avril et 27 mai 2021 - Visioconférence ZOOM

Travail, libertés, utopies aujourd’hui​

  • Jeudi 25 Mars 2021 à 17h30Isabelle Berrebi-Hoffmann : Entre histoire et utopie. Qu’est-ce qu’un travail libre?

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Isabelle Berrebi-Hoffmann est sociologue (CNRS, Lise-Cnam), auteure de Politiques de l’intime. Des utopies sociales du XIXème siècle aux mondes du travail d’aujourd’hui (2009, 2016) et co-auteure de Makers. Enquêtes sur les laboratoires du changement social (2018).
 
Résumé : Depuis les années 1970, on tente de réinventer l’organisation du travail, d’éradiquer la subordination, les règles, les hiérarchies et la routine. Mais une lecture attentive de l’histoire de ces expérimentations - en vue d’un travail défini comme créatif et libre - montre que la liberté rêvée et le prix à payer se redéfinissent au cours du temps. Dans sa conférence, Isabelle Berrebi-Hoffmann parcourra cette histoire d’imaginaires d’émancipation et de pratiques productives. Elle s’appuiera sur des exemples empruntés à ses travaux sociologiques des vingt dernières années dans les mondes du numérique et à une enquête récente dans l’écosystème et les mondes de l’intelligence artificielle de la région du grand Boston et de la Silicon Valley. 

  • Jeudi 8 Avril 2021 à 17h30Emmanuel Dockes : Le travail en misarchie. Une utopie pragmatique

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Emmanuel Dockes est professeur de droit à l’Université Paris Nanterre, auteur de Voyage en misarchie. Essai pour tout reconstruire (2017), Droit du travail (2017).

Résumé : La misarchie est un gros bricolage, imparfait, pragmatique, qui dessine une sorte d’hyper-démocratie écologique, dans laquelle on s’est débarrassé de l’Etat, du capitalisme et du productivisme, tout en essayant de conserver les fonctions bien utiles que ces monstres procurent. Il s’agit de penser la disparition de l’Etat, sans supprimer l’impôt, les services publics, ni même la police, ou de supprimer le capitalisme sans supprimer la liberté d’entreprendre, la monnaie, ni même la propriété, ou encore de supprimer le productivisme tout en conservant la marché et même un petit consumérisme pas désagréable. Quels sont la place et le destin du travail dans cette utopie?

  • jeudi 27 Mai 2021 à 17h30Antonio Casilli : En attendant les robots. Utopie de la fin du travail ou nouvelle exploitation?

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Antonio Casilli est professeur de sociologie à Télécom Paris, auteur de Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité (2010), En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (2019).

Résumé : Et si, comme l’énigmatique Godot dans la pièce de Samuel Beckett, les robots n’arrivaient jamais ? Que se passerait-il si notre attente quasi-messianique de l’automatisation complète s'avérait une promesse constamment renouvelée, mais jamais tenue ? C'est dans le domaine du travail que cette prophétie pèse davantage. Depuis la première apparition, au XVII siècle, de la notion d' "usine sans ouvriers" jusqu'aux grandes plateformes numériques, c'est moins un "grand remplacement technologique" qui a lieu qu'un grand encasernement du travail au sein de structures matérielles et idéologiques qui poussent à des formes de subordination et de flexibilisation de plus en plus extrêmes. Cette situation n'est pourtant pas exempte de contradictions, de tensions et d’alternatives.


Créé en 2019 à l’Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université (IMéRA), l’Atelier de recherche Travail et Libertés (ArTLib) est un collectif interdisciplinaire et international qui vise à discuter et diffuser des idées et des pratiques liées aux transformations profondes du travail et à leurs effets dans la sphère des libertés et des utopies personnelles et collectives.

Coordonné par Enrico Donaggio (Professeur à l’Université de Turin, Senior Fellow de l’IMéRA), ArTLib collabore avec trois UMR du CNRS et d’Aix-Marseille Université – Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST), Centre Gilles Gaston Granger (CGGG), Centre Norbert Elias – et avec d’autres centres de recherche et organismes d’études : Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications (CEREQ), Institut de Psychodynamique du Travail (IPDT), Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD-CNAM), Acante-Travail, Laboratoire des Sciences Sociales Appliquées (LaSSA), Association des professionnels en sociologie de l’entreprise (APSE), Inter-Made, ainsi qu’avec des experts et des artistes indépendants liés au monde du travail.

Le Collectif ArTLib est actuellement composé de Carmen Alvarez (directrice d’études, experte auprès des CSE, Acante-Travail); Blaise Barbance (ressources humaines, professeur associé AMU, vice-président de l’APSE); Elisabeth Brun (maître de conférences associée AMU, formatrice-chercheure au LaSSA); Mariagrazia Cairo (maître de conférences, philosophe, CNRS CGGG, AMU); Anne-Marie Daune-Richard (chercheure associée, sociologue, CNRS LEST, AMU); Fréderic Décosse (chargé de recherche, anthropologue, CNRS LEST, AMU); Luc Joulé (cinéaste, IPDT, Images de Ville); Christophe Massot (chercheur associé au CRTD-CNAM, expert auprès des CSE); Nadine Richez-Battesti (maître de conférences, économiste,CNRS LEST, AMU); José Rose (professeur émérite, socio-économiste, CNRS LEST, AMU); Laura Sanna (manager, responsable des parcours d’incubation, Inter-Made); Frédéric Séchaud (sociologue, militant syndical, CEREQ); Hendrik Sturm (artiste, enseignant, École Supérieure d'Art et Design, Toulon)


Présentation de l'Atelier ArTLib : Travail, libertés, utopies aujourd'hui

   Le thème de l’avenir du travail occupe une place de plus en plus importante, presque obligée, dans le débat public et spécialisé. Les représentations et les pratiques qui concernent cet aspect fondamental de la condition humaine se trouvent aujourd’hui en pleine phase de métamorphose et d’évolution. Un nouvel ordre du discours et de réalité est en train d’émerger. Ses configurations, pas encore clairement déchiffrables, suscitent à la fois crainte et espoir.

   Des publications titrées The Future of Work voient sans cesse le jour et qu’elles soient rédigées par des grandes institutions internationales (World Bank, EU, OIT), des chercheurs académiques, des syndicats ou des collectifs de militants engagés, elles proposent des descriptions du territoire et de l’horizon très voisines. L’accent est ainsi mis sur des nouveautés sans précédent (révolution numérique, industrie 4.0, sharing economy, crise du salariat, mutations des formes d’emploi, revenu universel), des évidences empiriques apparemment sans appel (rapidité des changements, croissance démographique, augmentation de la productivité, accès réduit au marché du travail), des retours à un passé que l’on croyait révolu (précarité, vulnérabilité, multi-activités, désyndicalisation, crise du Welfare et corrosion des droits) et, la récurrence éternelle de l’identique telle la prophétie de la fin du travail, aussi ancienne que le travail lui-même, et pouvant prendre la forme d’une disparition tout court, d’un grand remplacement des êtres humains par les robots ou de la destruction plus ou moins créatrice d’une quantité massive d’emplois).

   Une réflexion de qualité remarquable a été menée jusqu’à aujourd’hui sur le versant noir de cette énième métamorphose du travail. Parmi les résultats les plus intéressants on peut citer le renouvellement de certaines catégories classiques (injustice, exploitation, aliénation, domination, servitude volontaire, banalité du mal), la découverte d’un terrain fécond d’analyse et de dénonciation (la souffrance au travail dans sa dimension psychique ainsi que la constellation de phénomènes qui gravitent autour du sentiment de manque de reconnaissance), la déconstruction des pratiques et des rhétoriques gestionnaires qui – malgré leurs appel à la liberté – visent toujours à la soumission, la mise au jour de nouvelles formes de prolétarisation et de création de la valeur par le travail cachées derrière l’opacité anonyme des algorithmes (micro-travail, travailleurs du clic, livreurs, logistique, plateformes).

   En revanche, la réflexion sur l’autre côté constitutif du travail dans toutes ses métamorphoses – autonomie, autoréalisation, empowerment, bonheur, émancipation – reste l’apanage presque exclusif du discours néolibéral, du management et de la culture d’entreprise où le sujet qui travaille est considéré avant tout comme un capital ou une ressource humaine à valoriser. La promesse de liberté individuelle et collective, dont le travail a été porteur dès le début de la modernité, est alors récupérée par l’idéologie néolibérale, mais elle risque en même temps d’être délaissée par sa critique qui reste le plus souvent focalisée sur le versant négatif du travail contemporain.

   Les questions posées par le Collectif ArTLib essaient de contrebalancer ce déséquilibre de sensibilité et de profondeur diagnostique qui caractérise aujourd’hui la meilleure critique du travail. L’approche d’ArTLib repose en effet sur l’idée que dans les expériences et les représentations du travail s’affrontent et se produisent toujours de multiples dynamiques contradictoires et conflictuelles : autonomie et domination, subjectivation et assujettissement, appropriation et aliénation, réalisation et perte de soi. Une partie capitale du destin individuel et collectif des êtres humains à chaque époque se décide dans ce champ de tensions.

   Le travail, pratique et rapport social à part entière, est ainsi central dans la vie des individus et des sociétés : il y a eu, il y a et il aura toujours du travail humain, même s’il est caché, invisible, refoulé ou encore à inventer. Pour cette raison, le travail est à penser et à critiquer dans sa relation constitutive avec le pôle apparemment opposé de la liberté. Celle-ci ne peut pas être instrumentalisée par une rhétorique néolibérale qui revendiquerait un droit de monopole fictif et contingent sur cette vérité capitale de la condition humaine. Mais la liberté ne peut néanmoins être réduite à une variable dépendante ou négligeable par une critique du travail qui se concentrerait exclusivement sur le côté pathogène de cette expérience.

Travail e(s)t liberté, tel est le postulat qui caractérise la démarche d’ArTLib.

   De cette prise de position fondamentale découlent les questions qu’ArTLib posé au centre de sa recherche: quelles sont les articulations aujourd’hui dominantes entre travail (contenu du travail, rapport au travail, rapports de travail, organisation et sens du travail) et liberté (individuelle et collective, positive et négative, autonomie et puissance d’agir, émancipation et servitude volontaire) ? Qui y a-t-il de critiquable ou d’intolérable dans ces configurations ? Existe-il des alternatives possibles, voire des utopies concrètes ou nécessaires qui émergent aujourd’hui dans ce domaine tant sur le plan théorique que pratique ?

Contact : enrico.donaggio@unito.it / + d’infos : imera.univ-amu.fr

 
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