Forum Franco-Allemand de la Méditerranée 2021

4ème édition du Forum Franco-Allemand de la Méditerranée : 10 ans après les révolutions arabes : hypothèse ou hypothèque démocratique ?

Il existe, depuis au moins une trentaine années, comme un « prêt à penser » dans les relations entre Europe et Méditerranée. Appréhendé au prisme d’une binarité par essence abrasive, le monde arabe et musulman, avec ce que cette formule a elle-même d’approximative, est vu comme pris en étau entre les militaires, d’un côté, et les islamistes, de l’autre, entre des régimes dictatoriaux, qui répriment les libertés publiques, et des régimes politico-religieux, qui les considèrent comme impies ou inappropriées. Par sa prégnance, cette vision persistante informe les politiques internationales des États et de leurs organisations, au premier rang desquelles l’Union européenne, en direction de l’autre rive. Il est grand temps de mettre en débat, dans ces années 20 du XXIème siècle, une représentation monde qui date du siècle dernier et qui tend à occulter une dimension majeure, la place des sociétés et des jeunes générations en particulier qui sont largement majoritaires sur les rives Sud et Est de la Méditerranée.

Il y a dix ans, et c’est l’occasion de tirer quelques leçons fort utiles aujourd’hui, surgissaient les « révolutions arabes ». L’histoire, dont on croyait qu’elle avait déserté cette région du monde,  s’élançait au galop… Cet ébranlement marquait, pensait-on, la fin irrémédiable d’une période de glaciation se caractérisant essentiellement par l’incapacité de sociétés frappées d’aboulie à verbaliser une demande démocratique. Des peuples maintenus sous le boisseau de statut légaux en total décalage avec leurs conditions de vie réelles se soulevaient afin que soit entendue leur attente de justice et de liberté.

Quel bilan tirer, dix ans après, des révolutions arabes ? Est-ce une histoire interrompue ? Le « syndrome de la dictature » s’est-il durablement imposé ? L’hypothèse démocratique peut-elle devenir crédible ? Le silence démocratique, est-il toujours de mise, au risque de s’aliéner une part grandissante des sociétés, et notamment des jeunes générations ? La défense des libertés publiques et des droits de l’homme, par les pays de l’Union européenne, non pas pour imposer un modèle ou une norme démocratique, mais pour conforter les dynamiques et les trajectoires démocratiques intérieures, n’est-elle pas un nouveau chemin à tracer, une exigence de politique internationale ?

Autant de questions qui seront au centre de la quatrième édition du FFAM.