POSTPONED - Cycle of lectures of the Chair "Migration Studies": Les gouvernances migratoires #5

Chaire "Migration Studies"

Située au sein de l’Institut d’Études Avancées (IMéRA) de l’Université d’Aix-Marseille (France), la Chaire « Migration Studies » est une plateforme de réflexion sur les modes de gouvernement des migrations internationales et sur les forces motrices plurielles qui les ont façonnés et consolidés dans le temps et l’espace. Un des objectifs majeurs de la Chaire vise précisément à désenclaver l’analyse des questions migratoires afin de découvrir un lien de continuité entre les conditions des migrants et des non-migrants.

Ce désenclavement semble aujourd’hui nécessaire au regard des développements économiques, sociétaux, politiques, juridiques et épistémologiques actuels, en Europe comme ailleurs dans le monde. Il est le vecteur par lequel il est possible de faire la lumière sur un lien possible entre la régulation accrue des politiques migratoires et la croissante dérégulation des politiques d’emploi dans un monde globalisé, mais aussi entre la centralité de l’État régalien dans ladite « gestion des flux migratoires » et le recul perceptible de l’État providence, dans un contexte socioéconomique marqué par les inégalités sociales, les délocalisations industrielles et les rapports altérés entre États et citoyens.

La Chaire « Migration Studies » entend pleinement contribuer à ce désenclavement afin de proposer de nouvelles pistes d’investigation utiles aussi bien aux chercheurs qu’aux praticiens et décideurs. Pour ce faire, des activités de recherche et de divulgation (séminaires, conférences, ateliers) seront organisées dans le cadre du cycle d’études de l’IMéRA avec le concours de ses partenaires institutionnels, en France comme à l’étranger.

Jean-Pierre Cassarino, IMéRA, Titulaire de la Chaire
Eleonora Canepari, Telemme, Associate Fellow
Béatrice Mésini, CNRS-Telemme, Associate Fellow
Delphine Perrin, IRD, Associate Fellow
Miriam Teschl, EHESS, Associate Fellow

 

Mardi 17 mars 2020, 9h30-12h, à l'IMéRA, Maison des Astronomes - Entrée libre

 

5ème conférence du Cycle "Les gouvernances migratoires" :

Les fabriques de politiques migratoires au Sud de la Méditerranée

 

  • Jean-Pierre Cassarino  : Par-delà la criminalisation des migrations en Méditerranée : usages, repositionnements et alliances des États

Plusieurs pays du sud de la Méditerranée ont su se repositionner par rapport à ladite gestion des migrations et des frontières. Certains ont même développé des canaux de communication avec leurs « voisins » européens au moyen de consultations et échanges renforcés. D’autres ont su se réapproprier le discours de la gouvernance migratoire et réinterpréter à leurs fins les politiques publiques et pratiques transmises de l’étranger. Si ce processus de réappropriation locale peut paraître inédit, la manière dont les acteurs étatiques européens ont répondu à ce process de réappropriation l’est tout autant.

Politologue de formation et arabisant, Jean-Pierre Cassarino est titulaire de la Chaire « Etudes migratoires » à l’IMéRA. Il enseigne également au Collège d'Europe (Varsovie, Pologne). Ses publications et principaux intérêts de recherche portent sur l’expansion des systèmes de réglementation internationaux, l’analyse des modes de coopération bilatérale et multilatérale, la diffusion et l’internalisation des normes et pratiques relatives à la « gouvernance » des migrations internationales et leur impact sur les droits et conditions des migrants.

  • Delphine Perrin : La juridicisation des migrations en Afrique méditerranéenne et sahélienne : entre inspiration européenne et africanisation

Au cours des quinze dernières années, l’ensemble des Etats d’Afrique méditerranéenne et sahélienne a entrepris de légiférer sur la question des migrations. S’inscrivant dans un mouvement mondial de politisation, de juridicisation et de sécurisation des migrations, les nouvelles mesures juridiques partagent une orientation essentiellement restrictive et répressive et reflètent de grandes tendances transversales, telles que l’extension du risque pénal pesant sur les mobilités, leur empêchement en amont du franchissement des frontières, ou encore l’assimilation entre traite des personnes et trafic de migrants. Divers projets africains récents appellent à un développement de la libre circulation et des cadres juridiques favorisant l’accès à la légalité et à la justice, deux pans défaillants des politiques nationales et de coopération. La présentation amènera à explorer les sources d’inspiration des dynamiques de juridicisation des migrations dans la région, et à interroger « l’approche africaine » mobilisée par divers acteurs.

Delphine Perrin est chercheuse à l’IRD, Aix Marseille Université, LPED (Laboratoire Population Environnement Développement), et membre du Laboratoire mixte international MOVIDA (https://movida.hypotheses.org/). Ses recherches portent sur les dynamiques juridiques et politiques autour des migrations en Afrique méditerranéenne et sahélienne. Elle enseigne aussi le droit et les politiques migratoires à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence.

Elle a co-dirigé l’ouvrage Frontières, sociétés et droit en mouvement – Dynamiques et politiques migratoires de l’Europe au Sahel, Bruylant, 2019 et écrit « Dynamiques juridiques et politiques autour des mobilités en Afrique méditerranéenne et sahélienne : inspirations, ambitions et contraintes », qui paraîtra dans le prochain numéro de Migrations Société en 2020.

Cycle de conférences : Les Gouvernances Migratoires

Comment comprendre et (re)penser la gouvernance migratoire à l’heure où elle se heurte aux tensions entre souverainisme et internationalisme ? S’il n’existe pas de cadre institutionnel propre à la gouvernance migratoire, on observe toutefois de nombreuses initiatives internationales visant à coordonner, voire à harmoniser, les politiques migratoires en matière de départ, d’admission, et de séjour des migrants et des demandeurs d’asile. Le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » daté de 2018, la politique commune de l’Union européenne en matière de migrations et d’asile, mais également les nombreux pourparlers en matière migratoire initiés par les pays situés en Eurasie et en Afrique, constituent des cas d’espèce. La portée de ces développements milite en faveur d’une approche polycentrique et plurielle des gouvernances migratoires.

Organisée à l’IMéRA, cette cinquième conférence de la Chaire « Migration Studies » permettra de saisir les différents mécanismes de développement des gouvernances migratoires (les pourparlers bilatéraux et multilatéraux, les processus régionaux consultatifs, l’encastrement des questions migratoires dans les relations extérieures à l’échelle régionale et infrarégionale), ainsi que leurs ressorts et effets multiples (diffusion des normes, transferts de politiques publiques, socialisation entre acteurs étatiques et non étatiques -publics et privés-, modes de production et de reproduction d’un épistémè et d’un lexique commun, ordonnancement des priorités dites « partagées ») et, enfin, leurs transformations au cours des dernières décennies, plus particulièrement depuis l’adoption en 2001 de l’ « agenda pour la gestion des migrations internationales ».

En remettant en question l’approche eurocentrée, notre objectif consiste à dresser un inventaire critique des pratiques et configurations propres aux gouvernances migratoires, et à démontrer que la compréhension de leurs enjeux réels et symboliques s’inscrit dans un cadre d’analyse complexe dépassant la simple « gestion » des flux migratoires.