Atelier de recherche / Styles de vie en Méditerranée / 2021

Partager l’universel ? Entre partage des langues et partage des mémoires en Méditerranée

Longtemps le rapport à l’universel a été univoque, unilatéral et vertical. Une norme, des valeurs, des principes qui s’imposent, comme s’ils étaient hors du temps et de l’histoire. Le temps n’est-il pas venu, alors que s’écrit une histoire monde, une histoire connectée ou une histoire à parts égales, d’imaginer un rapport à l’universel qui soit plus complexe ? Est-il possible d’envisager un autre rapport à l’universel, qui soit plus horizontal et moins unilatéral ? Peut-on partager l’universel ? Sur quelles bases ? Qu’est-ce que cela signifie, plus précisément ? Quel sens donner à ce nouveau rapport à l’universel et quelle portée cela peut-il avoir sur nos styles de vie ? Partager l’universel passe-t-il par un partage des langues et des mémoires ? Telle est la question qui nous servira de fil conducteur durant les six séances de cet Atelier de recherche en 2021.*


  • 1re séance (REPORTÉE)

Partager l’universel, une question ouverte ?

(Séance reportée à une date ultérieure) Avec Barbara Cassin*

Lors de cette séance d’ouverture, Barbara Cassin, qui a notamment dirigé le Vocabulaire européen des philosophies ou Le dictionnaire des intraduisibles, introduira la question du partage de l’universel, comme une question ouverte. «  Car l’universel, c’est toujours l’universel de quelqu’un  ; l’universel qui arrange celui qui dit  : “Voilà l’universel” et le désigne comme tel. La situation type est évidemment le colonialisme », observe Barbara Cassin dans son dernier livre, Le bonheur, sa dent douce à la mort (Fayard, 2020, p 40). La question de la traduction et du pouvoir de la langue, pour fabriquer du commun, est au cœur de la réflexion au long cours de Barbara Cassin. Elle en souligne notamment l’enjeu dans son dernier livre  : « La tâche de la traduction : faire avec les différences et non les gommer ou les fondre. » (op cit, p. 163) *Barbara Cassin, philosophe et philologue, directrice de recherche émérite au CNRS et médaille d’or 2018 du CNRS. Membre de l’Académie française.

  • 2e séance

Lingua franca, et après ?

Vendredi 12 février 2021, entre 14 h et 17 h Avec Jocelyne Dakhlia* et Noureddine Affaya**

La question de la lingua franca, en Méditerranée, dans le temps long de l’histoire, est au centre de la réflexion de Jocelyne Dakhlia. Langue de contact, d’échange, d’intercession, cette lingua franca d’hier s’estelle métamorphosée aujourd’hui en lingua franca visuelle ? C’est l’hypothèse de Noureddine Affaya qui sera en dialogue avec Jocelyne Dakhlia. *Jocelyne Dakhlia, historienne, directrice de recherche à l’EHESS, est l’auteure de Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, 2008, 592 p. **Noureddine Affaya, philosophe, professeur à la Faculté des lettres et des sciences humaines - Université Mohammed V à Rabat. Il est l’auteur de « Vers une lingua franca visuelle en Méditerranée », in La Fabrique de Méditerranée, Arnaud Bizalion éditeur, 2020, p. 133-140.

  • 3e séance

Partager et traduire la littérature arabe ?

Vendredi 19 mars 2021, entre 14 h et 17 h Avec Iman Mersal* et Richard Jacquemond**

À travers la rencontre d’une poète et de son traducteur, il s’agit d’explorer le partage des langues, entre l’arabe et le français, et le partage de l’universel, à partir de l’expérience de la traduction littéraire. Ou comment explorer les chemins inconnus de la langue arabe, par la traduction ? *Iman Mersal, poète et écrivain, titulaire de la chaire Camus à l’IMéRA en 2021. Elle est notamment l’auteure de l’anthologie poétique Des choses m’ont échappé, Sindbad/Actes Sud, 2008, 128 p ; et d’un recueil à paraître en 2021, aux éditions Actes Sud, traduit également par Richard Jacquemond, Sur les traces d’Anayat El-Zayat (titre provisoire). **Richard Jacquemond, professeur de littérature arabe à Aix Marseille Université, directeur de l’IREMAM. Il a publié une vingtaine de traductions, d’auteurs presque tous égyptiens, dont huit romans de Sonallah Ibrahim et les poèmes d’Iman Mersal. Il a également publié une monographie Entre scribes et écrivains. Le champ littéraire dans l’Égypte contemporaine, Sindbad/Actes Sud, 2003 (traduit en anglais et en arabe) et dirigé ou codirigé plusieurs ouvrages  collectifs,  notamment Culture and Crisis in the Arab World. Art, Practice and Production in Spaces of Conflict, Londres, I. B. Tauris, 2019 (codirigé avec Felix Lang), et Culture pop en Égypte. Entre mainstream commercial et contestation, Paris, Riveneuve éditions, 2020 (codirigé avec Frédéric Lagrange).

  • 4e séance

Partager ou/et opposer les mémoires ? Réflexions à propos du génocide arménien/ de la « Grande catastrophe »…

Vendredi 30 avril 2021, entre 14 h et 17 h Avec Cengiz Aktar* et Michel Marian**

La question du génocide arménien, de la reconnaissance de la «  Grande catastrophe  », véritable fantôme qui hante toujours la société turque contemporaine, est un des nœuds de mémoires parmi les plus profonds et les plus vifs en Méditerranée. Comment explorer les chemins d’une possible reconnaissance, à l’heure où les conflits politiques et militaires entre la Turquie et l’Arménie sont réactivés ? Un dialogue entre Cengiz Aktar et Michel Marian. *Cengiz Aktar, politologue turc, vivant aujourd’hui en Grèce. Il est un des fondateurs de la Fondation Hrant Dink, à Istanbul et à l’origine de l’appel lancé pour la reconnaissance de « La Grande Catastrophe ». Il est l’auteur de L’Appel au Pardon, des Turcs s’adressent aux Arméniens, CNRS édition, 2010, 98 p. ; et du Malaise turc, Edition Empreinte, 2020, 98 p.. **Michel Marian, philosophe, membre du comité de rédaction de la revue Esprit, travaille depuis de longes années sur la question arménienne. Il est notamment l’auteur du Génocide arménien, Albin Michel, 2015, 176 p. ; et de Dialogue sur le tabou arménien, avec Ahmet Insel, Édition Liana Levi, 2009, 176 p..

  • 5e séance

Partager ou/et opposer les mémoires ? Réflexions à propos de la guerre d’Algérie

Vendredi 21 mai 2021, entre 14 h et 17 h Avec Raphaëlle Branche* et Mohamed Kacimi**

La guerre d’Algérie est un des nœuds de mémoire qui traverse et qui travaille toujours en profondeur la société française comme la société algérienne. Est-il possible de contribuer à le dénouer ? Comment raconter cette histoire aujourd’hui et partager des mémoires conflictuelles ? Une mise en récits, fondée sur la singularité de chacun et une réciprocité des approches, peut-elle changer la donne ? Rencontre entre une historienne et un écrivain, homme de théâtre. *Raphaëlle Branche, historienne, professeure à l’Université de Paris Nanterre. Elle est l’auteure de La guerre d’Algérie  : une histoire apaisée  ? Le Seuil, 2005, 445 p. ; de La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, Gallimard, 2001, 474 p. ; et de Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial, La Découverte, 2020. **Mohammed Kacimi, écrivain et dramaturge, est l’auteur de 1962, Actes Sud Papiers, 1998 ; de La confession d’Abraham, Gallimard, coll. Folio, 2012 ; et de la pièce Congo Jazz band, mise en scène par Hassane Kassi Kouyaté, en 2020.

  • 6e séance

Partager les droits de l’homme ?

Vendredi 11 juin 2021, entre 14 h et 17 h Avec Kamel Jendoubi*, Driss el Yazami** et avec la contribution d’Ali Essafi***

Mettre les droits de l’homme en partage semble être un cheminement aussi difficile qu’inédit. Les droits de l’homme sont-ils une politique  ? Quels genres de combats inspirent-ils ? Définissent-ils un certain rapport à l’universel  ? Sont-ils devenus au Maghreb une référence intérieure  ? Comment peuvent-ils devenir effectifs et inspirer des modes de vie contemporains, notamment démocratiques ? Un dialogue entre Kamel Jendoubi et Driss el Yazami, suivi de la projection du film documentaire d’Ali Essafi, Avant le déclin du jour. *Kamel Jendoubi, militant des droits de l’homme et responsable politique tunisien, a été ministre en charge des Droits de l’Homme dans le gouvernement dirigé par Habib Essid en 2016. Il est l’auteur de Que vive la République ! Tunisie (1957-2017), Éd. Alif, 2018. **Driss el Yazami, militant marocain des droits de l’homme, fut président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) au Maroc entre 2011 et 2018. Il a été le commissaire de nombreuses expositions liées aux questions de migrations. Il a contribué à nombre de livres sur les questions relatives aux migrations et aux droits de l’homme. ***Ali Essafi, cinéaste, artiste vidéaste et documentariste, est l’auteur de nombreux films dont Al Hareb (2011), Al Bab Al Sabea (2018) et du récent Avant le déclin du jour, Arte (2021).

* Cet Atelier de recherche est conçu et animé par Dionigi Albera, Thierry Fabre et Mohammed Tozy.

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