[Un résident nous parle de ... ] L'écologie animale concerne tout le monde

Francesca Cagnacci est écologiste du comportement et de la conservation qui a recours à l’emploi des colliers GPS pour suivre les ongulés migrateurs - entre autres parties fascinantes de son travail - une cause qui concerne tout le monde. Dans cet entretien, elle présente quelques aspects de la recherche complexe et du travail de terrain auxquels elle contribue, portant plusieurs casquettes et plaçant l'interdisciplinarité au service des objectifs de conservation.


Vous êtes écologiste du comportement et de la conservation, comment les nombreux projets auxquels vous vous associez répondent-ils aux crises environnementales actuelles ?
Au début de ma carrière, il semblait possible de considérer le comportement animal dans des environnements vierges comme la référence, et les réponses animales aux interférences anthropiques comme l'exception. Malheureusement, ce n'est plus le cas. L'impact humain est omniprésent et répandu sur toute la Terre.
 
En comprenant les processus qui sous-tendent le comportement des animaux, nous étudions leurs réponses au changement climatique et global. Notre objectif est d'évaluer la résilience des écosystèmes face à ces menaces et, si possible, d'identifier des mesures d'atténuation et de suggérer de meilleures pratiques humaines.
 
Votre travail implique-t-il des politiciens qui détiennent les processus décisionnels en matière de préservation de la faune ?
 
Bien que le travail d'un chercheur soit distinct des actions des gouvernements et des décideurs, nous essayons de diffuser notre travail autant que possible. Lorsque cela est possible, nous nous associons à des organisations de gestion et de conservation qui peuvent, d'une part, nous aider à identifier les priorités de recherche et, d'autre part, obtenir un accès immédiat à nos recommandations basées sur les résultats scientifiques.
 
C'est par exemple le cas de l'Initiative mondiale sur la migration des ongulés (GIUM), où un groupe d'experts en mouvements d'animaux s'associe à la convention sur les espèces migratrices du programme des Nations Unies pour l'environnement  (PNUE). Après avoir diffusé leurs objectifs auprès de la communauté scientifique (en savoir plus), le GIUM s'est réuni le 23 et 24 mai 2022, à l'Institut d'études avancées d'Aix-Marseille université (IMéRA), pour planifier concrètement les prochaines étapes afin d'atteindre leur principal résultat, l'Atlas mondial de la migration des ongulés (en savoir plus sur l'événement).
 
Tôt dans votre carrière de chercheur vous avez employé les nouvelles technologies, qu'est-ce qui a fait avancer ce travail tant sur le plan théorique que pratique ?
Depuis le début de la science moderne avec Galilée et son télescope, les progrès de la science et de la technologie sont étroitement liés. En écologie animale, les scientifiques n'abordent pas les questions dans un cadre contrôlé, comme dans les études de laboratoire, mais ils abordent plutôt l'extrême complexité des conditions environnementales. L'écologie animale pourrait faire un grand bond en avant, devenant une science beaucoup plus « quantitative », en mesurant de manière standardisée et reproductible des variables animales et environnementales. Par exemple, nous étudions le mouvement des animaux au moyen de capteurs GPS placés sur des animaux individuellement (une technique collectivement connue sous le nom de «bio-logging»), et nous relions ces trajectoires de mouvement aux conditions environnementales par le biais de satellites¹.
 
Votre projet de recherche à l'IMéRA s'intéresse au "nouveau modèle de résilience", à quel stade en est votre travail de recherche et pouvez-vous nous donner un aperçu de ce nouveau modèle ?
 
La dynamique des écosystèmes et les activités humaines sont aujourd'hui profondément imbriquées, aussi les connaissances écologiques doivent s'appuyer sur une meilleure compréhension des processus humains. Le défi que j'ai décidé de relever ici à l'IMéRA est de concilier les axes de recherche en écologie et en économie de l'environnement, notamment en élargissant la zone 'de chevauchement' à l'acquisition du Big Data dans les deux disciplines. L'atelier d'experts 2EcoChange qui s'est également tenu à l'IMERA les 12 et 13 mai, a permis de définir des axes de recherche communs et d'améliorer les échanges entre écologie et économie.
 
***
 
Francesca Cagnacci est chercheuse senior en écologie animale à la Fondazione Edmund Mach, Centre de recherche et d'innovation (FEM/CRI), Trento, Italie - Titulaire de la chaire IMéRA/IRD sur le développement durable. Vous pouvez visiter son profil et en savoir plus sur son projet de recherche ici.
 
***
Photo credits:
Fondazione Edmund Mach
***